Jésus est-il un prophète ou le Fils de Dieu ? A-t-il dit qu’il était Dieu ?
OBJECTION :
« Non. Il sait qu'il a un lien singulier avec Dieu, qu'il est le Fils bien-aimé du Père, qu'il est plus qu'un prophète, mais il ne se présente jamais comme l'incarnation de Dieu. Il se nomme lui-même le « Fils de l'homme », ce qui renvoie à un titre messianique, sans pour autant se faire l'égal de Dieu. Le sentiment que j'ai, en lisant et en relisant les Évangiles, mais sans certitude, c'est qu'il était en partie un mystère pour lui-même, comme il l'était pour ses disciples. »
Frédéric Lenoir, Directeur de la rédaction du magazine Le Monde des religions (source : La Vie)
EN SENS CONTRAIRE :
« Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis? Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux. »
Mt 16, 15-17« Il y a dans l'air du temps une sorte de notion selon laquelle toutes les religions se vaudraient, parce que tous les fondateurs de religions étaient en sorte des rivaux, se battant tous pour la même couronne d'étoiles. Or ceci est tout simplement faux. La revendication à cette couronne - ou à quoique ce soit qui y ressemblerait- est tellement rare qu'elle est unique. Mahomet ne l'a pas revendiquée, pas plus que Michée ou Malachie. Confucius ne l'a pas faîte plus que Platon ou Marc Aurèle. Bouddha ne prétendit jamais être Brahmâ. Zoroastre ne prétendit pas plus être Ormuz que Ahriman. Habituellement, plus un homme est grand, moins il est susceptible de faire cette revendication suprême à la divinité. En dehors du cas unique que nous considérons, la seule sorte d'homme qui ait jamais fait ce type de proclamation, c'est un homme amoindri : un monomaniaque centré sur lui-même et enfermé. Personne ne peut imaginer Aristote se déclarant le père des dieux et des hommes descendu du ciel ; mais nous pouvons imaginer quelque Empereur romain malsain -comme Caligula- disant cela d'Aristote, ou encore plus vraisemblablement de lui-même.
Personne ne peut imaginer Shakespeare parlant comme s'il était littéralement divin, bien que nous puissions fort bien imaginer un américain excentrique et fou trouvant cette affirmation cachée dans l'œuvre de Shakespeare, ou plus volontiers encore, dans ses propres œuvres. La Divinité est assez grande pour être divine ; elle est assez grande pour se déclarer Dieu. A contrario, au fur et à mesure que l'humanité s'élève, elle est de moins en moins susceptible de faire une telle déclaration. Dieu est Dieu, comme le disent les musulmans. Et un grand homme sait qu'il n'est pas Dieu ; et plus il est grand, plus il le sait. C'est ici le paradoxe : celui qui s'approche le plus de la grandeur s'en sait en réalité le plus éloigné. Socrate, le plus sage des hommes, savait qu'il ne savait rien. Un aliéné peut croire qu'il sait tout, et un fou peut parler comme s'il savait tout. Mais le Christ est omniscient d'une autre façon : il non seulement il sait, mais qu'il sait qu'il sait. »
G.K.Chesterton , L'Homme Eternel

